Couverture :


Résumé :

À la veille de l’hiver 2004, William Drum, ex-inspecteur de la police criminelle de Chicago, est exilé par ses supérieurs à Retrocity.
Retrocity, la Cité déchue, fermée sur elle-même, que l’on tente de faire disparaître des consciences depuis plus d’un demi-siècle.
À l’aide d’une machine à écrire trouvée dans son appartement, William se lance dans la rédaction de son journal de bord, et s’enfonce dans la ville.
Une ville hors du temps, que les citoyens ont depuis longtemps désertée.
Une ville où la mécanique remplace les organes humains.
Une ville malade et rongée par un étrange virus.
Une ville de laquelle on ne revient pas.

Mon avis :
Ne cherchez pas. Non, inutile de chercher, sur ces derniers mois, un roman graphique plus pertinent et beau que ce Retrocity (Le journal de William Drum), signé Bastien Lecouffe-Deharme, qui navigue dans les eaux d’une théorie esthétique que l’on pourrait qualifier, puisque c’est assez la mode de le faire, de transfiction - celles chères à Francis Berthelot.

Alors, donc, que raconte ce Retrocity ? Hum, il se présente sous la forme d’un journal, celui de William Drum, devenu le premier immigré, depuis quinze ans, de la mystérieuse ville de Retrocity.  Après le meurtre de son patron, William Drum - un flic - se retrouve donc à Rétrocity, là où il se fera oublier de tous…

Evidemment, toute cette exposition gouailleuse, polardesque, n’est qu’un prétexte pris par Bastien pour explorer ce qui l’intéresse réellement : Retrocity - la Ville. Voici le vrai, le grand personnage de ce roman graphique qui oscille entre Frank Miller (Sin City), Raymond Chandler (Le Grand Sommeil), et plus généralement le polar ambiance années 1950. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le pari est franchement réussi. Non seulement le texte, d’une certaine qualité (bien que ce ne soit pas le point fort de l’ouvrage… heureusement, on va y venir) nous immerge dans les pas de William Dunn, mais tel que chez China Mieville, ou que chez Junji Ito (le manga Spirale) le cadre va vite muer, se transformer, pour devenir autre chose, entre surréalisme et horreur. Et c’est là que toute la technique graphique de Bastien prend son ampleur et sa cohérence. Le texte mord, s’incruste dans les dessins et les compositions. La magie, l’alchimie se fait sans qu’on y prenne garde, et le lecteur se retrouve contaminé par cette sensation d’étouffement, de poésie macabre, de différence qui nous plonge dans un ailleurs qui n’est ni la réalité, ni totalement un fantasme. On navigue entre deux eaux avec l’irréparable sensation de ne pouvoir se situer ; ainsi naît le malaise…

Je ne suis pas très bon juge, en matière de graphisme, pour assurer que tel ou tel artiste est un tout Grand ; la seule chose que je sache réellement faire, c’est suivre la petite voix (tel Dexter…) qui parle en moi, suivre mon instinct  ; et mon instinct, ma perception personnelle du monde, des choses, me dit, non, me hurle que Bastien a trouvé ici l’équilibre qui fait de lui un artiste à part. Et de ce fait, je trouve que le roman graphique lui sied à merveille. Retrocity, c’est lui. Il est plus facile d’appréhender et de comprendre son travail grâce à ce support qu’en regardant des illustrations éparpillées. Ce mélange de photos, de dessins, de symboles, de couleurs, pourrait en désarçonner plus d’un. Mais, en se plongeant dans l’histoire, les immeubles (leur hauteur, leur couleur, leur disposition), les décors obscurs, les personnages aux visages livides prennent une autre dimension, comme une déformation de nous-mêmes dans une sorte d’alter-réalité d’épouvante (Blade Runner, version steam, n’est jamais loin), dans une ville vivante.

Parvenus à la fin, on a l’impression d’avoir parcouru les rêves troubles et torturés d’un Dave Mckean ou d’un Tod Browning, autant de références qui viennent à l’esprit et qui montrent combien l’univers de Bastien est riche, référentiel pour le meilleur, et diablement inspiré. Seule raison pour laquelle je ne mets pas un 10/10, c’est que l’on est sûrs d’une chose après les dernières images, les derniers mots : Bastien Lecouffe-Deharme en a encore beaucoup sous la semelle. On le sait capable de faire encore beaucoup mieux. Et, au vu de ce magnifique Retrocity, c’est dire si l’on croit en son talent.

8.5/10 Bravo à Bastien donc. Mais aussi, notons-le, aux éditions du Riez qui ont su prendre ce risque éditorial, avec brio. La composition est magnifique, le papier est bon, la repro plutôt bien, le prix raisonnable... vous n'avez donc plus d'excuses : jetez-vous sur ce véritable OVNI.

L'ex d'ici et d'à côté

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