Couverture :


Résumé :

À la veille de l’hiver 2004, William Drum, ex-inspecteur de la police criminelle de Chicago, est exilé par ses supérieurs à Retrocity.
Retrocity, la Cité déchue, fermée sur elle-même, que l’on tente de faire disparaître des consciences depuis plus d’un demi-siècle.
À l’aide d’une machine à écrire trouvée dans son appartement, William se lance dans la rédaction de son journal de bord, et s’enfonce dans la ville.
Une ville hors du temps, que les citoyens ont depuis longtemps désertée.
Une ville où la mécanique remplace les organes humains.
Une ville malade et rongée par un étrange virus.
Une ville de laquelle on ne revient pas.

Mon avis :
William Drum est journaliste, envoyé un jour de novembre à Retrocity, en guise de punition. Retrocity, ville mystérieuse dont on ne revient jamais, perdue au milieu de nulle part, forteresse imprenable où le véritable danger ne vient pas de l'extérieur. William est chargé de comprendre la ville, de vérifier les rumeurs à son sujet et d'en faire un rapport détaillé à son patron. Un journal, son boulot en somme, une machine à écrire comme seul compagnon... Ce journal, le voici, récit macabre d'une descente aux enfers. Bienvenue en enfer donc, bienvenue à Retrocity !

Avant d'avancer plus, une précision s'impose : ce livre a été écrit et illustré par mon frère. S'il me semble indispensable de fournir cette information, il ne faut pourtant pas y voir une raison éventuelle à une survalorisation de l'oeuvre. Au contraire, si mon regard n'est pas objectif, il est, je pense, assez juste sur son travail, connaissant par coeur ses évolutions, ses qualités, ses défauts aussi. Un regard parfois sévère d'ailleurs... Je n'ai nullement envie de rester froid et distant dans cette chronique, de faire comme si je ne connaissais pas l'auteur, il me semblait donc nécessaire de vous en expliquer les raisons. Parenthèse close...

Retrocity est un concept, un univers clos fortement inspiré de Blade runner sur lequel travaille Bastien (vous voyez que ma précision était nécessaire !!) depuis quelques années. A l'origine, un simple cadre, embrumé, sombre, glauque au possible où la mort occupe une part prépondérante. La mort... L'absence de vie serait peut être plus correct ici. Au sein même de ce cadre, un concept, des portraits de personnages androïdes (ceux-là même qui rêvent de choses bizarres), appelés Nexus, adaptation et sublimation des réplicants de Philip K. Dick. Ces personnages perdus entre l'homme et la machine, entre la vie et la mort vont devenir le coeur de son travail d'illustrateur. Mêlés à cette ville qu'il développe progressivement, ils vont donner naissance à ce Memories of Retrocity.

Ce livre est un journal, celui d'un homme a priori parfaitement sain qui va se retrouver dans une ville qui souffre d'une étrange maladie : le retroprocessus. Chaque résident voit l'objet qui lui est le plus cher envahir progressivement son corps et son esprit, jusqu'à une fusion matérielle presque totale, perdant ainsi toute son humanité. La ville est barricadée, entourée de hauts murs pour conserver cette maladie en son sein. Mais si la maladie était la ville elle-même, étouffant, rongeant ceux qui on le malheur de la peupler...

Si j'attaquais avec une certaine appréhension la "lecture" de ce journal, il faut reconnaitre que j'ai été très agréablement surpris. Certes, l'écriture est assez simple, plutôt classique, elle n'en demeure pas moins très réussie, très efficace et surtout très immersive. L'histoire est fluide et nous emmène sans peine jusqu'aux dernières pages d'un final aussi appréciable que déroutant, et ce, même si la "résolution" est dévoilée dès la première page.

Pourtant, sans remettre en cause le travail d'écriture, il ne constitue pour moi qu'un prétexte. Le livre est bien écrit, certes, mais pour l'instant, Bastien n'est pas écrivain, il est illustrateur. Et la véritable force de ce livre, là où la qualité atteint des sommets, c'est bien sur du côté des nombreuses illustrations. A l'image de sa ville, de ses personnages, Bastien mêle les outils pour aboutir à ce résultat. Photo, illustration, peinture, retouche informatique, maitrisant chacun de ces éléments, il les regroupe pour obtenir ce rendu exceptionnel. Pour avoir souvent la chance de voir les étapes de la réalisation d'une illustration, je peux vous dire que la différence entre le final et l'étape initiale est tout simplement bluffant !

Au final, Memories of Retrocity constitue un livre un peu à part. Un objet aussi beau que difficilement classable. Pas vraiment un simple journal, encore moins un art-book, il est la desciption doublement illustrée d'un lieu en perdition, grandiose et oppressant, superbe et étouffant, consécration et pourtant simple partie émergée du travail d'un auteur que je ne peux que vous inviter à découvrir. Voici un excellent moyen de le faire !

8/10 Un objet superbe et original ! L'écriture, si elle n'est pas à la hauteur des illustrations, n'en demeure pas moins très agréable. L'aspect graphique est, lui, juste exceptionnel !

C...

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