Couverture :
              

Résumé :
Après s’être longtemps fait connaître comme co-auteur d’une série de romans d’aventure spatiale, en 1979 Jean-Louis Le May s’émancipe soudain des cadres convenus de la littérature de gare, en livrant un diptyque post-cataclysmique surprenant de violence, réjouissant de paillardise et d’une langue drue comme jamais, soufflant le chaud et le froid. Non loin de l’Autoroute sauvage de Julia Verlanger ou de l’Armalite 16 de Michel Crespin, et, surtout, bien longtemps avant La Route de Cormac McCarthy, le cycle des « barounaires », ces enfants perdus qu’une civilisation incompréhensible et détruite a crachés derrière elle, après la Grande Tourmente, trace la route d’une paradoxale survie humaine sur les terres provençales.

On y fait connaissance des habitants du Domaine, dans la vallée, sous le viaduc, pas tellement loin d’une mer trop bleue dans laquelle toute vie semble avoir disparu. Les descendants des consoms n’ont pas le même sens de l’hypocrisie que leurs ancêtres qu’ils ignorent. Mais en leur présent, comme en celui où vivaient les consoms, bien peu de choses séparent ce que l’on appelle le bien de ce que l’on nomme le mal, au point de ne plus reconnaître l’un de l’autre… L’apocalypse est passée, ceux qui restent en cette Occitanie survivent à leur façon.

Mon avis :
Généralement, le post-apocalyptique connaît deux traitements possibles. Un, il est prétexte à une aventure : Mad Max, L’Autoroute Sauvage, Waterworld, etc. L’humanité, souvent, revenue à une certaine forme de barbarie, se dispute les restes du monde d’avant, en s’écharpant joyeusement. Ou deux, les autres où c’est globalement la même histoire, sauf qu’on pleure à la fin, et c’est le cas de La Route par exemple.

Jean-Louis Le May, mythique auteur de la non moins mythique collection Anticipation du Fleuve Noir a pourtant privilégié, semble-t-il, la seconde approche. Dans les premières pages, on est plus près de Cormac McCarthy que de Gilles Thomas. Plus connu pour ses space op’ populaires – et croyez-moi, y en a de très bons ! – l’auteur français a aussi produit des œuvres plus intimistes, moins propices au divertissement. C’est le cas de L’Ombre dans la Vallée donc, réédité chez les Moutons électriques avec le soin qui les caractérise.

Ce qui marque d’entrée, c’est le travail sur la langue. Non que l’auteur nous ait habitués à mal écrire, mais plutôt que sa plume se fait volontiers plus poétique qu’à l’ordinaire, plus inventive aussi, du moins en ce qui concerne le style. Outre de très jolis passages descriptifs, le texte fourmille de petites trouvailles, à l’instar de ces dialogues à la croisée de l’argot et du patois provençal. Quand le soleil et le pastis rencontrent le post-apo, le mélange veut qu’on s’y attarde.

Il y a aussi cette intrigue, décousue, sinueuse, qui suit les destins des uns et des autres, des bons méchants et des méchants bons. D’une humanité qui survit, et qui s’en fout pas mal de savoir si c’était mieux avant. Maintenant, on a faim et on aimerait bien baiser. Ça pourrait être redondant, mais ça l’est pas. C’est que le monsieur Le May, il n’a pas tout oublié de ses premiers amours, c’est-à-dire les romans populaires que j’évoquais plus haut. Ainsi, il n’oublie ni d’être léger, ni d’être drôle, à certaines occasions qui viennent soulager l’univers violent et dur. Comment ne pas songer à ce passage où un médecin répond à la question de son supérieur « comment le premier humain a-t-il attrapé la vérole » en s’appuyant sur la théorie de l’œuf ou de la poule ? Une fois la première partie terminée, on est plus aussi sûr de se trouver dans un roman de Tom McCarthy, sans pour autant virer dans le Gilles Thomas. On se situe quelque part entre les deux.

Avant de conclure, on apprend à la lecture de la postface et de la bibliographie qu’il existe d’autres romans se déroulant dans ce même univers. J’sais pas vous, mais moi j’en prendrais bien pour une intégrale de plus. 

8/10 Une réédition bienvenue d’un auteur incompréhensiblement laissé aux oubliettes. Que vous aimez les post-apo « coups de poing » ou plus légers, L’Ombre dans la Vallée se distingue en alignant les qualités des uns et des autres. Ce qu’il y a après la fin du monde, c’est pas joli, mais c’est pas pour ça que l’on peut pas en rire ! Définitivement, une réédition que tout fan du genre se doit de posséder.

Simatural

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