Couverture :
 


Résumé :
Mornau est né à la campagne. Près d'une autoroute. Après les jeux de gamin, les défis tordus de l'adolescence, fatigué de l'endroit, il monte à Paris. Déchargeur aux halles par défaut, il s'ennuie. Jusqu'à une rencontre : celle qui déterminera toutes les autres. Grâce à Brunard, il apprendra ainsi son vrai métier et participera à l'avènement d'une nouvelle force politique. Après les deux mandats du Petit et le quinquennat sans saveur conduit par une sociodémocratie timorée, c'est une façon pour lui de préparer notre enfer.

Mon avis :
Thierry Di Rollo est, à mon sens, l’une des voix les plus singulières de la littérature française.

Son écriture tranchante comme une lame avait, jusque-là, sévi dans des contrées orientées SF jusqu’au récent Bankgreen. Dans un genre qui ne lui était, a priori, pas familier, Di Rollo avait su imprimer sa marque, faite d’une indicible noirceur, réduisant à l’état de scories les poncifs de la fantasy. A dire vrai, le contraire aurait été décevant de sa part.
Alors, savoir que la Série Noire de Gallimard allait accueillir l’auteur de Meddik ou de La Profondeur des Tombes, a provoqué une certaine excitation chez votre serviteur.

Il serait exagéré de dire que j’ai ressenti une petite pointe de déception à la lecture de Préparer l’Enfer mais pas loin. Le sujet était pourtant prometteur, jugez donc : un dimanche de second tour d’élection présidentielle, Mornau, un tueur psychopathe, est capturé par la police. Nous sommes après les deux mandats du Petit et le quinquennat sans saveur d’une sociodémocratie timorée, dixit la quatrième de couverture, et ce second tour de présidentielle a un arrière goût de 21 avril : un candidat républicain y est opposé au leader du Franc, nouvelle incarnation de l’extrême-droite. Après s’être laissé appréhender sans résistance, Mornau se lance dans un récit hallucinant. L’interrogatoire de police tourne à la confession, ou comment un tueur a participé à l’avènement d’une société fascisante, pendant que les résultats de l’élection se rapprochent.

Pleinement d’actualité, Préparer l’Enfer fait froid dans le dos. Alternant le récit de sa jeunesse et ses actions pour le Franc, Mornau nous livre un récit où se mêle rhétorique fasciste, construction d’un sociopathe et scènes pas piquées des vers, le tout sous le regard fasciné et horrifié de l’inspecteur qui l’interroge. J’ai commencé ma lecture avec un demi-sourire, en me disant que tout cela était trop gros, peu plausible. Mais au fil des mots et des pages, une étrange sensation s’est insinuée et a refusé de me quitter. Je me suis projeté dans ce futur pas si lointain et j’ai eu peur. A ce titre, Préparer l’Enfer est une vraie réussite.

La légère déception que j’ai pu ressentir vient du fait que pour un texte de Di Rollo, Préparer l’Enfer n’est finalement pas si noir, bien moins que Bankgreen ou encore La Profondeur des Tombes, par exemple. De même, l’écriture y est beaucoup plus accessible que dans les précédents romans de l’auteur, la narration est aussi beaucoup plus linéaire. J’aurais souhaité quelque chose de bien plus lourd et sombre sur ce sujet mais je soupçonne cet aspect abordable d’être volontaire, permettant  à Thierry Di Rollo de toucher un public plus vaste qu’à son habitude.

7.5/10. Terriblement en phase avec l’actualité, Préparer l’Enfer nous dépeint des lendemains qui déchantent. On ne peut pas dire qu’on n’aura pas été prévenu.

Winter

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