Couverture : 

Résumé :
Après l'anéantissement de la civilisation par un virus inconnu, une partie de l'humanité survivante a trouvé refuge dans une ville-bulle régentée par un ordinateur central omnipotent : le Processeur. Isolés du monde extérieur, les habitants de la bulle se retrouvent brutalement séparés de l'ordre lénifiant distribué depuis des siècles. Trois citoyens, Sean l'artiste drogué proche des opposants au Processeur, Ange la gardienne de la loi prête au sacrifice et Gina l'ingénieur ambitieuse se lancent dans une quête dangereuse des secrets du Processeur et d'eux-mêmes ! Avec une écriture singulière et sans tabou, Raphaël Granier de Cassagnac nous plonge dans une enquête passionnante qui nous dévoile les ressorts impossibles d'une société futuriste se rêvant idéale.


Mon avis : 
Ravagée par le Virus, l’humanité ne subsiste plus qu’à l’intérieur de la Bulle.
Tout y est régit par le Processeur : soins, travail, service public, reproduction, maintien de l’ordre. Hyperconnectée, ce qui subsiste de l’espèce humaine vit dans la peur du monde extérieur où sévit encore le Virus et les hordes de mutants qu’il a engendrées.

Les rares sorties à l’extérieur de la Bulle ne sont faites que par les techniciens chargés de son entretien et les brigadiers qui les protègent des mutants. Que la Bulle viennent à rompre et ç’en est terminé du genre humain. Heureusement, le Processeur et le conseil des citoyens veillent au maintien du statu-quo. Jusqu’à la Grande Panne. Au moment où le roman démarre, le Processeur s’éteint, sans raison, sans avertissement. Dépendante au dernier degré, la fragile humanité doit désormais prendre son destin en main, avec l’épée de Damoclès qu’est l’effondrement de la Bulle.

Pour son premier roman, Raphael Granier de Cassagnac s’empare d’un sujet classique mais le traite de façon fort sympathique. Rédigé sous la forme d’un récit-chorale, Eternity Incorporated nous entraîne dans le sillage de trois citoyens de la Bulle, forcément très différents dans leur manière d’appréhender la disparition du Processeur.

Sean est un DJ, petite célébrité dans l’underground de la Bulle. Il a souvent été amené à fréquenter des individus qui remettaient déjà en cause l’omnipotence du Processeur avant la Grande Panne. L’effervescence et les questionnement liés à l’arrêt du Processeur sont pour lui et ses amis l’occasion de mettre en pratique leur crédo : vivre enfin déconnecté, libre de jouir de tous les plaisirs, sans peur. Petit à petit une sorte de communauté hippie où la création artistique est permanente se crée sous son impulsion.

Ange est une des brigadiers qui sortent de la Bulle pour accompagner l’entretien de la Bulle et chasser le mutant. Officier exemplaire, elle a vu mourir certains de ses hommes sous l’effet du Virus mais obéit au Conseil lorsque celui-ci accepte une sortie d’exploration après la Grande Panne.

Enfin, Gina, le conseiller de la Bulle responsable de la Connectique, cherche à comprendre pourquoi le Processeur s’est arrêté. Il faut dire que, contrairement à ses concitoyens qui ne voyaient qu’une machine dans le Processeur, pour elle, c’était un ami, pleinement conscient malgré sa nature artificielle. Et si la Panne n’en était pas une mais plutôt un assassinat.

Via un cheminement intérieur pour Sean, à l’extérieur de la bulle pour Ange ou au cœur du Processeur pour Gina, chacun de ces personnages suit sa voie pour donner un sens à sa vie dans ce nouveau contexte de liberté et de chaos. La construction chorale nous permet de voir les différents évènements à travers le prisme de ces trois personnages, leur confèrant une vraie épaisseur. On s’enthousiasme pour les idées libertaires de Sean, on suit avec intérêt les progrès de Gina dans sa compréhension du fonctionnement du Processeur et la redécouverte de l’extérieur par Ange et ses hommes prends une dimension hors du commun.

Plus que l’aspect réflexion sur la condition humaine face à l’oppression puis la liberté (sujet vu et revu ), c’est vraiment cette triple progression vers les réponses qui fait tout le sel d’Eternity Incorporated. Ainsi que sa chute mais là, ne comptez pas sur moi pour lâcher le morceau.

Vous savez ce qu'il vous reste à faire.

7/10. Premier roman de bonne facture, Eternity Incorporated souffre du classicisme de son thème mais bénéficie d’une écriture agréable et intéressante. Un bon roman d’anticipation, tout simplement.

Winter

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